03 octobre 2009
Eloge de la masturbation de Philippe Brenot
Il est à présent assez rare que j'achète des livres. Mais c'est parfois nécessaire, parce qu'un sujet m'intéresse particulièrement et que je souhaite me documenter. J'avais donc il y a plusieurs mois acheté cet Eloge de la masturbation de Philippe Brenot, publié chez Zulma. Un petit livre bleu à la couverture sobre que j'ai pu sans crainte d'être regardée de travers emmener dans une salle d'attente et lire paisiblement sur place. Prix asez modique pour ce livre : 7,50 € affichés en quatrième de couverture. C'est aussi une raison qui m'a poussé à l'acheter, parce que j'évite les livres trop chers, surtout si je ne suis pas sûre du contenu (et même en étant sûre parfois).
Le livre date de 2005. Pas un livre très récent mais pas un livre très vieux non plus. Une petite centaine de pages, une lecture aisée et absolument pas ennuyeuse malgré le nombre de références données. Bref, j'anticipe, mais c'est un livre très intéressant, un des meilleurs que j'ai pu lire récemment, un livre à adopter.
Qu'est-ce que cet Eloge de la masturbation ? Une explication historique de la condamnation de la masturbation, depuis la découverte du spermatozoïde par Leeuwenhoeck en 1677, les thèses qui en découlent et donc l'absolue nécessité qui se fait jour de préserver le sperme, donc la vie, les écrits de Samuel Tissot, médecin réputé, qui condamnent alors la masturbation en explicitant, cas observés à l'appui, les effets néfastes sur la santé de la masturbation dans un ouvrage en latin puis (et c'est ainsi que l'écrit se propage) traduit en français, puis leur corollaire moral de Dutoit-Membrini, pasteur, avec son L'Onanisme ou discours philosophique et moral sur la luxure artificielle et sur tous les crimes relatifs. Nous sommes alors passés d'une pratique naturelle, habituelle, peu évoquée car commune (on en trouve ainsi des traces dans l'Antiquité avec Diogène, une évocation chez Montaigne mais aussi dans des écrits du XVIIe à visée érotique et provocatrice) à une "infâme pratique". Le glossaire situé en fin d'ouvrage reprend d'ailleurs les termes utilisés pour évoquer la masturbation, en bien comme en mal, et bien des expressions sont totalement péjoratives : "calamité publique", "manie hideuse", "offense à Dieu"...
Le religieux a pris en effet le pas sur le médical. Le terme d'onanisme est d'ailleurs issu de la Bible, de ce personnage d'Onan qui se révolte contre son père et répand sa semence sur le sol au lieu de féconder sa belle-soeur, veuve et qui laisse aucune descendance au défunt. Onan, celui qui se révolte contre son père, se révolte ausi contre les lois et donc contre Dieu. Il s'agit d'un coït interrompu, mais cette pratique comme la masturbation masculine, se place hors du rapport sexuel en vue de procréer. Pire, suite à la découverte de cette vie grouillante de ce qui était appelé alors animalcules, c'est une crime contre la création d'éjaculer, car c'est tuer ce qui était considéré comme un homme en devenir à part entière, négligeant le rôle de la femme dans la reproduction.
Heureusement des voix discordantes se font parfois entendre, timidement tout d'abord. La masturbation est réhabilitée par la littérature, en marge de la pensée moralisatrice. Le premier "libre discours sur la masturbation" est le fait de Diderot. Dans le Rêve de d'Alembert, il exprime ainsi son avis sous le couvert du personnage Bourdeu : "c'est un besoin, et quand on n'y serait pas sollicité par le besoin, c'est toujours une chose douce. [...] Ne la provoquons jamais, mais prêtons-lui la main dans l'occasion ; je ne vois au refus et à l'oisivité que de la sottise et du plaisir manqué." Sade crée les termes masturbateur / masturbatrice. Bien des écrits anonymes louent la masturbation. De Nerval, Baudelaire, et la liste s'allonge entre auteurs du XIXe et du Xxe. Bien des références que je ne connaisssais pas. Un réel travail de recherche de Philippe Brenot que je ne peux que louer. J'ai souligné tellement de citations que je ne vais vous en fournir aucune car je ne peux choisir. Etonnante coïncidence, Nouvelles tentations évoque justement, au même moment que j'en entendais parler dans ce livre, l'ouvrage Portrait des hommes qui se branlent – The masturbators de Vincent Ravalec. (Allez jeter un oeil chez eux ! Je n'ai pas lu encore leur dossier récent sur la masturbation, mais cela promet d'être intéressant).
Je n'irai pas plus loin dans le commentaire sur cet essai brillant que je vous engage à lire vivement...
Eloge de la masturbation, Philippe Brenot, éd. Zulma, 7,50 €
02 octobre 2009
La nudité n'est pas érotique
La nudité n'est pas érotique. Ou (je précise, parce que j'entends F. se révolter) elle l'est pour certaines personnes, pas pour d'autres. Elle ne l'est pas pour moi. La nudité est naturelle. Ce qui est érotique, c'est la suggestion de la nudité, le jeu autour du dévoilement de la nudité, c'est ce que l'on peut faire avec la nudité, en se servant d'elle, pas la nudité elle-même. La lingerie est plus érotique que la nudité. Je ne suis pas excitée par la nudité. Je peux me mettre nue sans souci d'exciter autrui. C'est ainsi que nous avons pris la plage naturiste pour un espace de liberté, pas pour une séance d'exhibitionnisme ou de voyeurisme.
C'est quoi ce texte ? me direz-vous. Pourquoi tu nous racontes ça ? En plus, c'est une opinion, non ? Et j'avais bien sûr supprimé la rubrique "opinion". (Je me demande d'ailleurs si je ne vais pas recréer une rubrique pour des opinions, des idées, des textes qui ne dévoileront pas ma vie mais destinés à la réflexion. Un peu comme les citations que je place. Une rubrique pour réflexion personnelle et citations qui servent d'appui à des réflexions ? Ce pourrait être une idée...)
Hier j'ai terminé le montage de la vidéo sur le shibari. Je l'ai mise en ligne, quelque part. Seulement je me demande s'il convient ou pas d'en parler ici. Parce que, toute enthousiaste, je voulais l'évoquer en signalant quel était mon objectif. Sauf qu'on peut y voir tout autre chose. On peut la regarder parce que je suis nue, par pur voyeurisme, et cela n'a pas grand intérêt. Evidemment libre de chacun d'y voir ce qu'il veut. Et puis en fait, je m'en fiche si vous n'y voyez que ça. C'est votre problème, j'ai envie de dire, pas le mien.
Seulement il faut comprendre que l'objectif est autre avec cette vidéo. Si vous regardez sur dailymotion quelles sont les vidéos concernant le shibari, vous trouverez notamment et surtout une présentation du dvd de P. Boxis. C'est beau, c'est spectaculaire, mais c'est justement tellement orienté vers le spectaculaire qu'au final on ne retient qu'un rythme effréné d'images. Et on se dit, mon dieu comme c'est compliqué. Et puis aussi que cela ne peut pas être pratiqué par le commun des mortels. Et puis il y a tout l'aspect fétichiste...
Je tiens à la vidéo que nous avons faite pour une chose qui me semble essentielle : je trouve qu'elle véhicule une image positive et simple (enfin simple... il faut s'entraîner un moment avant de réussir ce qui a été fait. Ce n'est donc pas tout à fait dans ce sens qu'il faut prendre le terme) de la pratique. Elle est le reflet de quelque chose de plus proche, de convivial, de joyeux (je suis prise de rire à plusieurs moments et la vidéo le montre, même sans que l'on voie ma tête). C'est plus de l'ordre de ce qu'on pourrait réaliser chez soi (avec un peu d'entraînement... parce que monsieur s'y est essayé hier et je crois qu'on a beaucoup à apprendre...). Après cette longue introduction, voici où ça se trouve.
A propos de la honte, citation de Philippe Brenot
Je vous livre un extrait du livre Eloge de la masturbation de Philippe Brenot que je lis actuellement. Citation qui ne porte pas directement sur le sujet de la masturbation, mais que je trouve intéressante.
Je devrais presque faire une catégorie "citation" au lieu de placer ça dans "littérature érotique etc.", puisque c'est la deuxième que je vous livre après celle de Kinsey (qu'Agnès Giard a d'ailleurs également reprise dans son article sur le livre de Karl Mengel). Si j'en ajoute d'autres, je verrai si je fais ou non une catégorie à part. En attendant, la voici :
"La honte, qui s'appelle pudeur quand on parle du sexe, est un sous-produit de la timidité dont la fonction est très certainement de préserver des audaces de la séduction, mais qui inhibe ensuite si fortement les élans sexuels qu'elle en épuise le désir. La libération des moeurs n'est assurément rien d'autre que l'absence du sentiment de la honte avec le partenaire que l'on a choisi, ou avec soi-même."
(pp. 83-84 du livre, éd. Zulma)
Delcourt et sa collection Erotix
Je viens de recevoir quelques informations provenant de Delcourt qui annonce la création d'une collection "Erotix" avec des classiques de la bande-dessinée érotique.
J'ai reçu par la même occasion le dossier de presse de Emmanuelle et de 110 pilules. J'étais en manque de bd, voilà qui va changer (si du moins on me les envoie, ce qui n'est jamais certain). Je vous tiendrai bien sûr au courant de mes lectures, si lecture il y a...
Pour cette après-midi, je me replonge dans un livre très intéressant sur la masturbation. Compte rendu prochain, promis.
01 octobre 2009
Jeux de bouteille
Dans le roman Toute nue de Lola Beccaria, la narratrice évoque un jeu de bouteille qui réunit garçons et filles, où la bouteille tourne sur elle-même et désigne l'heureux gagnant et l'heureuse gagnante (ou malheureux tous deux) d'un baiser rapide ou moins. La narratrice, avide de contact, est partante pour embrasser tous ceux qui passent à sa portée.
Je connaissais ce jeu non pour y avoir joué mais pour l'avoir croisé dans un feuilleton américain lorsque j'étais adolescente. Le jeu tourne malheureusement court pour l'héroïne qui ne peut pas embrasser celui que le sort et ses amis compatissants lui ont désigné, à cause de l'arrivée inopinée de sa famille.
Récemment c'est un autre jeu de bouteille que j'ai croisé dans mes lectures. Dans Invitation chez Monsieur C., Christine Arven évoque un jeu consistant à insérer une bouteille dans l'anus, par le goulot, à vider celle-ci et à la remplir à nouveau en évacuant l'eau contenue alors dans le corps. Vous faites des mines dégoûtées ? Il faut que je précise que la jeune femme avait effectué un lavement soigneux auparavant ? Quoique, même comme ça, c'est un jeu assez particulier...
Insérer une bouteille dans l'anus est également une action réalisée dans le roman Teleny d'Oscar Wilde (et probables comparses). Voulant prouver qu'il pouvait exercer une forte dilatation anale, le personnage introduit une bouteille en verre par le cul (je parle de celui de la bouteille. Hum, disons culot). Le jeu tourne mal, la bouteille se brise, le sang s'écoule (j'allais écrire le sang saigne... je ne suis pas réveillée ce matin) et le personnage refuse de se faire soigner, préférant la mort au déshonneur.
Un jeu de bouteille, ce peut être léger ou tragique...
30 septembre 2009
Rencontres ferroviaires de Régine Deforges
Je ralentis la cadence, vous avais promis ce compte rendu de lecture lundi mais il a tardé... Pour ceux qui se demandent ce que j'ai fait, trois mots : quelques légers ajouts sur le blog du jeu érotique, un texte sur le webzine de neoplaisir (un texte d'humeur même), les photos du shibari triées avec une sur le blog Erotismes et un certain nombre qui apparaissent sur le site Art Shibari. Et puis tout le reste de ma vie qui ne se résume pas à ça. [Fin du blabla]
A présent, passons au livre : un recueil de nouvelles qui m'a laissé une assez mauvaise impression après la lecture du premier texte. La narratrice traînait son ennui et je faisais de même. Du je au elle, sans transition, les passages érotiques se greffaient sur une trame narrative pauvre. Passages érotiques sans préparation donc sans érotisme. Bref. Je n'ai pas aimé. Et puis j'ai commencé à m'habituer à ces longues digressions de narratrice qui se remémore son enfance, certains passages de sa vie et qui les utilise pour les transformer en rêves érotiques, avec toujours ce passage du "je" au "elle". Dans la vie, finalement, cela ne se passe guère ainsi, mais l'imagination embellit tout...
Quatrième de couverture : Depuis longtemps l'univers des trains nourrit l'imaginaire des romanciers et des poètes. Dans le bercement des wagons, en marge de la vie ordinaire, bien des songes peuvent naître, bien des rencontres peuvent avoir lieu.
Dans ces récits - chacun inspiré par une gare parisienne - la romancière de La Bicyclette bleue se laisse aller à des rêveries plus audacieuses. Séduction instantanée, appels muets, fantasmes irrépressibles conduisent ses héroïnes à vivre de ces instants que l'on n'avoue pas à ses proches...
Petits chefs-d’oeuvre de littérature érotique, ces six contes sont aussi des évocations finement ciselées de la magie ferroviaire, du mouvement incessant, fascinant et toujours renouvelé des grandes gares.
Six nouvelles dans ce recueil, chacune reprenant le nom d'une gare. Une petite centaine de pages en format de poche. Pas un livre dont je garde un excellent souvenir, mais un livre qui n'est pas sans intérêt.
Rencontres ferroviaires, Régine Deforges, éd. Le livre de poche, 3 €
28 septembre 2009
Intervention de speakerine
Je vous délaisse depuis vendredi mais dois raconter bien des choses : le shibari, c'est extra, mais le traitement des cordes, bof. Rencontres ferroviaires de R. Deforges est finalement bien meilleur que je ne le pensais. Monsieur m'aide à réaliser le jeu de dé érotique : à deux, c'est mieux (et surtout il est plus doué que moi pour certaines choses).
Donc prochainement (je fais un peu la speakerine) sur ce blog : un billet sur le recueil de nouvelles de R. Deforges (Aujourd'hui, si j'en ai le temps). Dans les jours prochains (ou les semaines prochaines), l'ouverture de la catégorie consacrée aux cordes. Et sur le tout nouveau blog où il n'y a encore quasiment rien, la suite des événements concernant le jeu.


