17 octobre 2009
Psychanalyse ou morale sexuelle : un dilemme centenaire (aux éditions érès)
Le texte de Freud, La morale sexuelle "civilisée" et la maladie nerveuse des temps modernes, a cent ans. A cette ocassion, les éditions Érès le rééditent et proposent à sa suite deux textes contemporains de psychanalystes. Le premier, de N. Braunstein, intitulé Variations sur le thème de la morale sexuelle, propose en quarante-huit points de relire le texte freudien et de l'interroger à la lumière de la vie contemporaine : là où Freud montrait du doigt les causes "morales" d'une répression de la sexualité d'où les maladies qui en découlaient, N. Braunstein évoque la poussée des moeurs qui en Diktat pousse à jouir au point de causer des maux chez ceux qui peinent à suivre le rythme imposé. Le deuxième texte, de J. Nassif, intitulé In cauda venenum, met notamment l'accent sur la place de l'enfant et interroge le savoir du psychanalyste, qui doit être en construction.
Psychanalyse ou morale sexuelle : un dilemme centenaire, Sigmund Freud, Nestor A. Braunstein, Jacques Nassif, éd. Érès, 10 €
Texte écrit pour le site de Sensuelle
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Quatrième de couverture :
A l'époque patriarcale du début du XXe siècle, Freud a écrit un texte révolutionnaire sur la morale sexuelle qui a fait grand bruit.
Cent ans plus tard, bien que le contexte culturel ait notablement changé, il n'a rien perdu de son tranchant : la vie sexuelle nous pose toujours autant de questions qui ressemblent étonnamment à celles abordées par Freud, et pour lesquelles la religion est vécue comme complètement dépassée. En ce domaine, malgré la libération des mœurs, tout est matière à transgression ou interdiction. Mais au nom de quelle morale ?
Nestor A. Braunstein et Jacques Nassif, s'abstenant scrupuleusement de répondre par des recettes, donnent à chacun la possibilité d'inventer au coup par coup les bases d'une éthique du désir renouvelée, qui ne privilégie pas la fascination par les sirènes d'une jouissance, devenue entièrement l'affaire des marchés.
Nestor A. Braunstein est psychanalyste résidant à Mexico, où il a été pionnier dans l'introduction de l'enseignement de Lacan.
Jacques Nassif est psychanalyste (Paris et Barcelone), il fait partie des cartels constituants de l'analyse freudienne et de Invenció Psicoanalítica.
11 octobre 2009
Un forum sur la sexualité
En consultant mes courriels ce matin, j'ai trouvé un message émanant du lien "contactez l'auteur" de ce blog.
La personne qui m'écrit est webmaster d'un forum dédié à la sexualité. Je répondrais volontiers à son invitation si je ne me méfiais pas des forums. Quelqu'un m'a d'aillleurs récemment réinvité à participer à un forum auquel j'étais précédemment inscrite et malgré mon envie de pouvoir discuter avec certains membres que je "connais", je n'ai pas réussi à franchir le pas. Ecrire sur un forum, c'est se livrer un peu à tous et dans ce cas recevoir parfois de plein fouet des réponses qui montrent l'incompréhension ou la réprobation. Quand on peut s'exprimer, parce que bien souvent finalement les conversations restent superficielles : bonjour, il faut beau, ça va. Comment dire ce qui nous préoccupe dans un cadre non intimiste ? Sur ce blog, j'y parvenais, parce que c'était mon blog, mon espace personnel, mais ailleurs ? Et puis est-ce que je veux livrer mes pensées en pâture ? Si je dis ce qui me préoccupe, il faut que ce soit à une personne particulière, pas à la masse des lecteurs potentiels. Et surtout il faut que je fasse attention à qui je raconte ce que je veux dire. Je dis donc certaines choses et pas d'autres, c'est ainsi.
Cela dit, et je reviens à ce forum sur la sexualité, si vous souhaitez voir ce que c'est et vous y inscrire, cela se trouve ici : http://www.latelierweb.com/cercle Le forum a deux mois d'existence et plus de 400 inscrits. Toute démarche visant à s'exprimer, questionner sur la sexualité me semble importante. C'est pourquoi je vous livre ce lien.
03 octobre 2009
Eloge de la masturbation de Philippe Brenot
Il est à présent assez rare que j'achète des livres. Mais c'est parfois nécessaire, parce qu'un sujet m'intéresse particulièrement et que je souhaite me documenter. J'avais donc il y a plusieurs mois acheté cet Eloge de la masturbation de Philippe Brenot, publié chez Zulma. Un petit livre bleu à la couverture sobre que j'ai pu sans crainte d'être regardée de travers emmener dans une salle d'attente et lire paisiblement sur place. Prix asez modique pour ce livre : 7,50 € affichés en quatrième de couverture. C'est aussi une raison qui m'a poussé à l'acheter, parce que j'évite les livres trop chers, surtout si je ne suis pas sûre du contenu (et même en étant sûre parfois).
Le livre date de 2005. Pas un livre très récent mais pas un livre très vieux non plus. Une petite centaine de pages, une lecture aisée et absolument pas ennuyeuse malgré le nombre de références données. Bref, j'anticipe, mais c'est un livre très intéressant, un des meilleurs que j'ai pu lire récemment, un livre à adopter.
Qu'est-ce que cet Eloge de la masturbation ? Une explication historique de la condamnation de la masturbation, depuis la découverte du spermatozoïde par Leeuwenhoeck en 1677, les thèses qui en découlent et donc l'absolue nécessité qui se fait jour de préserver le sperme, donc la vie, les écrits de Samuel Tissot, médecin réputé, qui condamnent alors la masturbation en explicitant, cas observés à l'appui, les effets néfastes sur la santé de la masturbation dans un ouvrage en latin puis (et c'est ainsi que l'écrit se propage) traduit en français, puis leur corollaire moral de Dutoit-Membrini, pasteur, avec son L'Onanisme ou discours philosophique et moral sur la luxure artificielle et sur tous les crimes relatifs. Nous sommes alors passés d'une pratique naturelle, habituelle, peu évoquée car commune (on en trouve ainsi des traces dans l'Antiquité avec Diogène, une évocation chez Montaigne mais aussi dans des écrits du XVIIe à visée érotique et provocatrice) à une "infâme pratique". Le glossaire situé en fin d'ouvrage reprend d'ailleurs les termes utilisés pour évoquer la masturbation, en bien comme en mal, et bien des expressions sont totalement péjoratives : "calamité publique", "manie hideuse", "offense à Dieu"...
Le religieux a pris en effet le pas sur le médical. Le terme d'onanisme est d'ailleurs issu de la Bible, de ce personnage d'Onan qui se révolte contre son père et répand sa semence sur le sol au lieu de féconder sa belle-soeur, veuve et qui laisse aucune descendance au défunt. Onan, celui qui se révolte contre son père, se révolte ausi contre les lois et donc contre Dieu. Il s'agit d'un coït interrompu, mais cette pratique comme la masturbation masculine, se place hors du rapport sexuel en vue de procréer. Pire, suite à la découverte de cette vie grouillante de ce qui était appelé alors animalcules, c'est une crime contre la création d'éjaculer, car c'est tuer ce qui était considéré comme un homme en devenir à part entière, négligeant le rôle de la femme dans la reproduction.
Heureusement des voix discordantes se font parfois entendre, timidement tout d'abord. La masturbation est réhabilitée par la littérature, en marge de la pensée moralisatrice. Le premier "libre discours sur la masturbation" est le fait de Diderot. Dans le Rêve de d'Alembert, il exprime ainsi son avis sous le couvert du personnage Bourdeu : "c'est un besoin, et quand on n'y serait pas sollicité par le besoin, c'est toujours une chose douce. [...] Ne la provoquons jamais, mais prêtons-lui la main dans l'occasion ; je ne vois au refus et à l'oisivité que de la sottise et du plaisir manqué." Sade crée les termes masturbateur / masturbatrice. Bien des écrits anonymes louent la masturbation. De Nerval, Baudelaire, et la liste s'allonge entre auteurs du XIXe et du Xxe. Bien des références que je ne connaisssais pas. Un réel travail de recherche de Philippe Brenot que je ne peux que louer. J'ai souligné tellement de citations que je ne vais vous en fournir aucune car je ne peux choisir. Etonnante coïncidence, Nouvelles tentations évoque justement, au même moment que j'en entendais parler dans ce livre, l'ouvrage Portrait des hommes qui se branlent – The masturbators de Vincent Ravalec. (Allez jeter un oeil chez eux ! Je n'ai pas lu encore leur dossier récent sur la masturbation, mais cela promet d'être intéressant).
Je n'irai pas plus loin dans le commentaire sur cet essai brillant que je vous engage à lire vivement...
Eloge de la masturbation, Philippe Brenot, éd. Zulma, 7,50 €
02 octobre 2009
A propos de la honte, citation de Philippe Brenot
Je vous livre un extrait du livre Eloge de la masturbation de Philippe Brenot que je lis actuellement. Citation qui ne porte pas directement sur le sujet de la masturbation, mais que je trouve intéressante.
Je devrais presque faire une catégorie "citation" au lieu de placer ça dans "littérature érotique etc.", puisque c'est la deuxième que je vous livre après celle de Kinsey (qu'Agnès Giard a d'ailleurs également reprise dans son article sur le livre de Karl Mengel). Si j'en ajoute d'autres, je verrai si je fais ou non une catégorie à part. En attendant, la voici :
"La honte, qui s'appelle pudeur quand on parle du sexe, est un sous-produit de la timidité dont la fonction est très certainement de préserver des audaces de la séduction, mais qui inhibe ensuite si fortement les élans sexuels qu'elle en épuise le désir. La libération des moeurs n'est assurément rien d'autre que l'absence du sentiment de la honte avec le partenaire que l'on a choisi, ou avec soi-même."
(pp. 83-84 du livre, éd. Zulma)
20 septembre 2009
Invitation chez Monsieur C. de Christine Arven
Le site livrespourtous ne propose pas que des oeuvres passées dans le domaine public. Il est aussi possible d'y lire des ebooks récents, réalisés sous licence creative commons. C'est ainsi qu'hier un recueil de nouvelles datant de 2008, écrit par Christine Arven, Invitation chez Monsieur C a croisé mes yeux.
Christine Arven ? Ce nom m'était-il connu ? Après recherche, je constate que ce nom figure parmi ceux des auteurs du recueil Rêves de femmes publié cette année aux éditions Blanche. Je n'ai pas ce recueil, je n'avais donc encore jamais lu aucun récit de cet auteur.
C'est vers l'édition moins traditionnelle que s'est préalablement tournée Christine Arven avec plusieurs livres à son actif chez lulu.com, comme elle l'explique elle-même sur son blog http://blog.topolivres.com/ChristineArven/ (que je vous invite à consulter pour lire des extraits de ses livres)
Y figurent sa biographie riches de livres sur le thème du bdsm et une présentation première : qui elle est, qu'écrit-elle ? Pour ce dernier point, laissons à l'auteur ses propres mots :
" Ce que j'écris n'est pas, loin s'en faut, à mettre sous tous les yeux puisqu'il y est question de sexe et plus précisément de relations BDSM (sado-maso, SM pour ceux qui ne connaitraient pas cet acronyme) avec tout ce que cela comporte de transgression et d'apparente violence.
Il ne s'agit toutefois pas pour moi d'aligner une suite de scènes plus ou moins scabreuses voire de me lancer dans des descriptions qui ne soient que pornographiques. Mes textes sont bien sûr écrits dans un langage parfois très cru (il faut bien appeler un chat un chat) et ce qui y est décrit peut heurter la pudeur de certains. Mais ce qui avant tout m'intéresse est de décortiquer ce qui se passe dans la tête dans ces moments forts où les frontières s'abolissent et où tout, sexuellement parlant, devient possible.
Plus que la description de gestes sexuels mille fois rabachés, c'est donc la description de sensations, d'impressions qui est au centre de mes récits qui, il faut bien que je l'avoue, prennent leur source dans mon expérience personnelle."
Invitation chez Monsieur C. est un recueil de 85 pages comprenant, selon la table des matières : Prologue, Préparatifs, Plaisirs extrêmes, Invitation chez Monsieur C., Sodomie, Le goût du gingembre, La salle de sport, Rendez-vous anal (par Monsieur C.)
Plus qu'une invitation au singulier, il s'agit d'invitations plurielles ou plutôt de sommations à comparaître adressées par Monsieur C. à Miss Poisson Lune. Chaque récit est celle d'une séance organisée au domicile de Monsieur C. ou, dans la nouvelle La salle de sport, en extérieur.
Il y est question de SM, de fist, de lavements, de douches dorées... Il y est question aussi de l'attirance étrange de Poisson Lune, de l'humiliation qui se mue en fierté, de la douleur qui se mue en plaisir. Il y est aussi question de détournements d'objets, d'imagination, de mise en scène, d'attente, de surprise, de confiance. Trois défauts à ces récits (ou du moins ai-je trouvé trois points négatifs) : le prologue peu engageant, les fautes d'orthographe assez nombreuses, la répétition que j'ai trouvée un peu lourde du dégoût pour l'urine que Miss Poisson Lune doit avaler qui se change en plaisir : puisque le personnage avait déjà fait l'épreuve de cette répulsion-satisfaction à propos de l'urine, pourquoi redire la même chose avec des mots similaires quelques pages plus loin ?
Le recueil me semble à part cela d'une lecture intéressante (et si la couverture vous répugne, rassurez-vous, l'image est plus difficile à supporter que l'écrit). A lire à cette adresse : http://www.lincoste.com/ebooks/pdf/erotisme/Invitation_chez_Mr_C.pdf
A propos de Osez... les jeux de soumission et de domination et de l'interview de Gala Fur
J'ai reçu le livre depuis quelques jours, j'ai commencé sa lecture mais la délaisse sans cesse pour d'autres écrits. (Cela vous étonne vu le thème qui pourtant m'intéressait ?). Un jour, c'est sûr, je finirai Osez les jeux de soumission et de domination et vous en parlerai. Cela dit, entre temps, je reçois quelques courriels provenant de La Musardine. Le dernier en date évoque ce dernier opus de la collection Osez et propose une interview de Gala Fur, son auteur. Je voulais vous retranscrire tout cela et livrer deux ou trois petites réflexions :
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« Et si je te donnais carte blanche ce soir, qu’exigerais-tu de moi ? »
Osez...
les jeux de soumission et de domination
Souvent associé à la violence ou à l’humiliation, le SM peut encore en répulser certains. [note personnelle. Vive le verbe répulser. Vous l'avez dans votre dictionnaire, vous ?]
C’est pourquoi tout en étant un fantasme courant, il est le moins avoué… [Honnêtement, je n'ai aucun fantasme purement SM. Est-ce si courant d'en avoir ? J'ai des fantasmes de soumission, je le reconnais, mais alors s'il faut passer par le SM pour cela, je préfère m'abstenir, et monsieur aussi] Alors comment en parler, et au-delà le pratiquer ?
Le SM est avant tout une pratique ludique où il s’agit d’inventer des jeux de pouvoir, d’en jouir, d’exercer des renversements de rôles, de situations (qui du maître ? du soumis ?)
Maîtresse Gala Fur dans ce petit Osez les jeux de soumission et de domination suggère de nombreuses pratiques érotiques soft. Si vous souhaitez en savoir plus sur cette pratique qui vous titille, sur les règles, les accessoires, les vêtements, les scénarios possibles… remettez-vous tout entier aux conseils de prêtresse Gala.
Extrait d’un entretien avec Gala Fur :
Hervé Caron : Pourquoi pratique-t-on le SM ?
Gala Fur : Parce qu'on ne se contente pas d'un rapport ordinaire avec le coït comme plat principal. [Même sans SM, on peut ne pas s'en contenter, non ?] L'imaginaire a besoin de dessiner une autre forme de sexualité à la fois intense et esthétique (mise en scène travaillée, nudité hors-jeu). L'attente et les représentations fantasmatiques jouent aussi un grand rôle.
H.C : En quoi consiste la pratique SM pour toi aujourd'hui ?
G.F : J'aime les mises en scène ludiques pour lesquelles mon partenaire, homme ou femme, fait lui aussi un effort d'imagination en m'envoyant par exemple des scénarios, des souhaits ou des idées avant la séance. Échafauder une scénographie fait partie du plaisir. La passivité totale du soumis est insupportable car la dominatrice se sent alors instrumentalisée.
H.C : En tant que dominatrice professionnelle, quel type de personne font appel a tes services, et que cherchent-elles ?
G.F : Des personnes qui cherchent des séances à la carte avec une dominatrice attentive. Leurs fantasmes sont très variés, depuis l'homme qui veut une femme phallique au fétichiste du velours ou de la soie en passant par celui qui veut s'habiller en femme devant une femme. Dans " Séances ", je décris treize séances vécues, originales émouvantes. Certaines personnes cherchent simplement un lâcher prise qui leur permet d'oublier la réalité et de décompresser.
H.C : L'aspect vestimentaire est très fétichiste, le latex, la fourrure, les talons aiguille, qu'est-ce qui te plaît dans cet univers ?
G.F : J'ai un faible pour le cuir et le latex. Le cuir est viril et sauvage. Le latex est une seconde peau qui me donne des sensations aquatiques, jamais banalisées tant il est difficile à enfiler. J'adore les fourrures douces comme la zibeline, le renard ou le vison pour me rouler dedans ou les porter nue. Quant aux talons aiguilles, j'aime bien quand des hommes en portent.
[Vous avez remarqué qu'il n'est question que du SM ? Alors que le titre du livre, souvenez-vous en, met clairement en avant les mots soumission et domination. Y a-t-il distinction des termes ? Apparemment pas. Au final, on nous convie à lire un petit guide de pratiques SM. Déception.
J'avais envie de dire aussi que j'adorerais probablement les fourrures douces comme la zibeline, le renard et le vison, mais si le commun des mortels achète ce genre de choses, il risque de ne plus pouvoir payer son loyer et ses factures d'électricité. Soulignons le côté bon chic bon genre vers lequel s'oriente l'interview, avec la pensée qui s'insinue selon laquelle le SM est une pratique d'élites, etc.]
16 septembre 2009
Augustine de Villebranche ou le stratagème de l'amour de Sade
De liens en liens, je suis arrivée sur un site proposant un grand nombre d'écrits de Sade. Et parmi eux des textes moins connus, dont un conte que je viens de lire, Augustine de Villebranche ou le stratagème de l'amour.
Le conte présente une introduction assez longue où l'on peut admirer l'éloquence du personnage principal, Augustine de Villebranche, dans sa défense de l'homosexualité et découvrir en l'occurrence ses goûts pour les femmes et son mépris des hommes. La suite du conte est plaisante : comme dans le Jeu de l'amour et du hasard, les personnages se travestissent. Augustine parce que telle est son habitude pour séduire, Franville parce que telle est sa ruse pour approcher Augustine, mais aussi parce qu'il est joli garçon aux traits effeminés. Tout est bien qui finit bien, jusqu'à la moralité la plus absolue : "La tendresse, la confiance, la retenue la plus exacte, la modestie la plus sévère ont couronné son hymen, et en se rendant le plus heureux des hommes, il a été assez adroit pour faire de la plus libertine des filles, la plus sage et la plus vertueuse des femmes."
Seulement si le conte est assez amusant (j'ai envie de dire "sympathiquement guilleret" parce que je suis d'humeur joviale aujourd'hui), il n'en reste pas moins que l'intérêt principal réside dans la démonstration première d'Augustine et non dans ses abjurations d'amoureuse de fin de récit.
11 septembre 2009
Pour et contre la bisexualité, Karl Mengel
Ce "libre traité d'ambivalence érotique"dénonce la binarité normative de la sexualité telle qu'elle est imaginée, conçue, nommée : l'hétérosexuel se tourne vers une personne de l'autre sexe, l'homosexuel vers une personne du même sexe. L'un écarte l'autre, le choix est celui du "ou". Or la bisexualité est autre.
Revenant tout d'abord sur des aspects historiques, ethniques et culturels, Karl Mengel établit que l'attrait pour les deux sexes figure en bonne part dans les pratiques humaines (et animales d'ailleurs).
Et même peut-être si l'on y regarde de plus près, dans certains cadres où la confrontation ou l'admiration de personnes de son propre sexe conduit à un attrait qui s'éloigne de l'hétérosexualité... Et que dire de la masturbation...? Si ces passages peuvent faire soulever nos sourcils, est-ce parce que cela nous semble totalement invraisemblable ou est-ce parce que ces idées nous mettent face à ce qui nous gêne ?
La norme bourgeoise du couple hétérosexuel a peut-être été fissurée par la revendication homosexuelle. Mais l'homosexualité s'est construite sur cette même binarité, pas opposition mais en se calquant sur le fonctionnement de la norme. Et de dire, de dénoncer, d'une part comme de l'autre le bisexuel comme une sorte de traître, de lâche, d'homosexuel qui s'ignore, d'infidèle puisqu'il traîne son sexe des deux côtés de la frontière (et ce, simultanément ?).
Quel est ce terme de "bi-sexuel", finalement ? Que désigne-t-il ? Sur quoi a-t-il été formé ? Qui ne dit mot consent et le bisexuel s'est trouvé enfermé dans le mot qui le désigne. Quoique la terminologie oscille, entre expressions imagées d'huile-vinaigre ou autres et nouveaux essais terminlogiques. Entre toutes ces tentatives, K. Mengel choisit le vocable de "pansexualité". Pan, parce que le bisexuel est ouvert à tous (mais pas à toute pratique, d'où le refus du préfixe omni- qui semblerait trop vorace) sans cloisonnement, et en référence au personnage mythologique, ce qui prête à sourire quand on sait que Pan était justement bisexuel.
Le bisexuel, en définitive, est celui qui aime l'humanité, homme et femme, et ne se résigne pas à écarter les uns au profit des autres. Il est dans le "et", et non dans l'exclusion du "ou"...
Pour et contre la bisexualité, Karl Mengel, éd. La Musardine, coll. L'attrape corps, 12 €
Texte écrit pour Sensuelle
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Je vous conseille la lecture de cet ouvrage que je trouve brillant bien que... oui, vous me connaissez, je trouve toujours des défauts à tout. Dans ce volume, deux points à signaler : la langue familière (vocabulaire et tours de phrase) cotoie les termes les plus soutenus (mais K. Mengel s'en amuse par moments et le lecteur avec lui). Est-ce un défaut ou une qualité ? Parfois certains mots m'ont surprise (non pas réveillée, j'ai lu sans m'endormir, le volume est intéressant), parfois certains m'ont dérangée, parfois m'ont fait sourire. Cela confert une vivacité au texte, je le reconnais, mais je suis une ronchon qui aime que les textes soient hum... universitaires ? écrits de manière plus neutre ? (ennuyeux dans leur style académique ?).
Deuxième point, aie aie aie, l'histoire des vestiaires de gymnases et de la masturbation comme activité pas si orthodoxe dans le sens où celui qui jouit de la main prend aussi du plaisir à faire jouir de sa main, donc de faire jouir une personne de son propre sexe. C'est alambiqué ? Un peu. De là à émettre des doutes sur l'étanchéité de la catégorisation d'hétérosexualité... Hum.
J'en termine avec mes remarques sur ce livre. C'est un bon volume, n'hésitez pas à le lire s'il croise votre chemin.
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Et en complément, si je n'en ai pas dit assez pour vous faire une idée ou pour jouer aux curieux :
interview de Karl Mengel sur Discordance, à propos de Pour et contre la bisexualité et de Les séditions.
entretien de Karl Mengel sur dailymotion, à propos de son roman Les séditions
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Quatrième de couverture :
La normalité bourgeoise du couple hétérosexuel n'est qu'un moment de l'histoire.
Il paraît que a bisexualité n'existe pas - qu'elle est tout au plus l'expression d'une incertitude passagère, voire une simple posture. L'ordre érotique impose en effet de choisir un camp et de s'y tenir sagement. Dogme du plaisir, économie libidinale et politique du cul font ainsi du goût ces deux genres une dérive menteuse, lâche et débauchée dont il vaut mieux ne pas se réclamer, notamment au masculin. La légitimité de cette condamnation ne résiste pourtant pas à l'analyse, en dépit des fausses évidences. et l'on y voit même un stratagème portique. Il faut donc pousser l'insolence jusqu'à retourner les canons de la norme vers ceux qui les braquent, déconstruire le discours sexuel et secouer les barrières artificielles de la chair pour mettre au jour, en fin de compte, un désir fondamentalement métis. Dans cet essai volontiers provocant. où l'érudition le dispute à l'urgence et l'humour a la clairvoyance. Karl Mengel donne une voix qui décape et une identité véritable à celles et ceux dont la peau, l'âme et le coeur ne sauraient se satisfaire d'un " ou " entre les hommes et les femmes. Une lecture éclairante et libératrice.
Karl Mengel est né en 1975. Lorsqu'il ne travaille pas pour l'ONU, il écrit des deux côtés de l'Atlantique et surfe dessus le reste du temps.
"Le monde du vivant est un continuum..." citation d'A. Kinsey
Je termine en ce moment même l'ouvrage de Karl Mengel, Pour et contre la bisexualité (c'est moi qui souligne le "et" qui a réellement son importance, pour que vos yeux ne fauchent pas la coordination et qu'on ne substitue pas à celle-ci un "ou" mal venu). Bref, là n'est pas mon propos, j'évoquerai plus tard ce livre.
En terminant ce volume, je découvre une citation d'A. Kinsey (celui-là même des rapports éponymes). Cette citation est marquante. Je ne vais pas blablater dessus (chacun y voit ce qu'il veut et pour ma part j'y vois beaucoup de choses), je vous laisse la lire :
"Le monde ne se résume pas à des oppositions binaires. Tout n'est pas noir ou blanc. L'un des principes fondamentaux de la taxinomie consiste à dire que la nature ne produit que très rarement des catégories parfaitement étanches. Il n'y a que l'esprit humain pour inventer des groupes, étiqueter le réel et forcer les faits à entrer dans de petites cases distinctes. Le monde du vivant est un continuum, dans tous ses aspects, un large éventail constitué d'un seul tenant. Plus tôt nous assimilerons cette idée en ce qui concerne la sexualité humaine, plus tôt nous parviendrons à une solide compréhension des réalités du sexe."
(extrait de The sexual behaviour in the human male d'A. Kinsey, cité p. 109 dans Pour et contre la bisexualité)
Je vous abandonne à vos réflexions...
23 août 2009
Epanouissement, désirs et sexualité - exercices de sophrologie de J-P. Jason
Jean-Philippe Jason est sophrologue. Il nous livre dans son ouvrage des exercices de sophrologie à effectuer après enregistrement de sa voix : travail sur la respiration, sur son être-là et les sensations ressenties par son corps, concentration sur ses organes génitaux, pensées érotiques. Ces exercices visent essentiellement au mieux-être sexuel. Ainsi l'ouvrage revient sur la connaissance de son corps, sur l'expression nouvelle d'un désir précédemment émoussé, revient sur l'éducation sexuelle reçue et évoque les problèmes qu'homme ou femme doit surmonter.
Une plume blanche illustre la couverture et une plume blanche figure dans le livre : image de légéreté, de ce bien-être auquel on aspire, mais aussi objet pour caresser, car le toucher est primordial.
La rudesse de la mise en page et l'orthographe défaillante ne doivent pas cacher l'intérêt du volume : ces exercices, consciencieusement effectués, peuvent être indéniablement, que l'on pratique déjà soi-même ou pas la sophrologie, un bon moyen pour accéder au bien-être. Les pages théoriques par contre, nous semblent par l'absence de singularité du contenu, n'être qu'un énième volume voulant balayer l'ensemble des thèmes relatifs à la sexualité.
Blog de l'auteur : http://eclosion83136.canalblog.com (avec notamment extraits de l'ouvrage)
Epanouissement, désirs et sexualité – exercices de sophrologie, Jean-Philippe Jason, 15,90 €.
Texte écrit pour Sensuelle
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Jean-Philippe Jason a été l'invité de l'émission Lahaie, l'amour et vous du jeudi 13 août. Voici l'url du texte correspondant (j'ai corrigé l'orthographe du titre, ce que n'a pas fait rmc d'où le mot "exCercices") :

